Après l’orage la vita bella

Depuis son sacre au festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou en 2017, Sylvestre Amoussou est allé de Ouaga à Yaoundé en passant par Paris, Hambourg, New-York et Los Angeles pour présenter son film « L’orage africain, un continent sous influence » dans des salles obscurs et sur des festivals fameux. Ce jeudi 8 novembre 2018, c’est au tour de la station balnéaire d’Agadir au Maroc de voir son œuvre coup de poing mais aussi de l’approcher pour écouter son appel à une prise de conscience en profondeur dans le cadre des relations de coopération inégalitaires qu’entretien l’occident capitaliste avec l’Afrique des exploitations abusives.

Pour assurer leur engagement d’offrir au Bénin sa place de pays invité d’honneur de la quinzième édition du festival international cinéma et migrations d’Agadir, les dirigeants de l’association « l’Initiative culturelle » qui organise ledit festival ont fait les choses en grand. Photo call, tapis rouge et celui d’orient, les médias en grand nombre et tout un public au petit soin, le cinéma Rialto qui sert de lieu névralgique au festival est drapé de partout, des plus beaux visuels. Sur l’esplanade, entremêles avec des réalisateurs, scénaristes et comédiens marocains, les béninois présents à Agadir s’écriaient en chœur « Bénin », « Maroc », « Agadir » sous le crépitement des flashes, sous les projecteurs laid des minettes pour caméra. Dans la salle, en présence du président de la région Agadir Souss Massa, Brahim Hafidi, les discours et dons de cadeaux ont précédé la projection du film de Sylvestre Amoussou.


Pour Mohamed Irgui, Secrétaire général de l’association « L’initiative culturelle », l’invitation d’une importante délégation du Bénin à ce festival est une manifestation de la volonté de contribuer au rayonnement culturel de la coopération que le pays entretient avec le royaume du Maroc au-delà des aspects universitaire, commercial et sécuritaire qui existent déjà. Son discours revient sur des perspectives de coopération cinématographique qu’il a eu à aborder en privé avec le Directeur général du centre national du cinéma et de l’image animée du Bénin, Eric Todan, présent au festival. C’est sur cet axe que se focalise le discours officiel de Sylvestre Amoussou lui-même, invité au pupitre. Il attire l’attention sur la coopération cinématographique en appelant de tous ses vœux à plusieurs accords de coproduction, à des formations de techniciens, à une « coopération dynamique et gagnant-gagnant, sud-sud ». Pour ce réalisateur dont les deux derniers longs métrages ont pu voir le jour grâce à ses rapports particuliers avec le Maroc, il s’agit de voir s’éclore un partenariat de création ayant déjà fait ses preuves.


Il sera à nouveau invité sur l’estrade pour introduire son film. Même discours enrobé dans le message d’agitateur d’idée que l’on lui reconnait d’emblée maintenant que ses trois longs métrages successifs en font le cœur du propos : « L’Afrique est le continent le plus riche ; comment se fait-il qu’elle mendie, que ses fils se jettent dans la méditerranée à la recherche d’un paradis qui n’existe pas en occident ? ». Slave d’applaudissement...
Le décor est ainsi planté pour un cinéma de claques, de résistance et, par finir, de victoire du « faible » face aux plus forts qui complotent en bande. Ce n’était pas gagné à l’avance car la réalité est complexe. Sylvestre Amoussou lui-même disait devant un public du Burkina-Faso en décembre 2017, « Mon film n’est pas un film anti blanc. C’est un film contre l’oligarchie capitaliste occidentale et ses complices que sont plusieurs hommes d’Etat africains ».
Dans le cinéma Rialto ce soir, L’orage africain interroge, déroute, fait soupirer, applaudir. Certains attendent cloitrés dehors à la fin de la projection où ils philosophent avec le cinéaste sur cet autre paradoxe : « pourquoi personne avant vous n’a jamais fait cela alors que ça dure depuis si longtemps ? ». Et à ce dernier de répondre à une énième personne, « Eh ben voilà ». Un membre de l’élite locale lui a confié : « vous les avez rasés de très près ! ».
Chanceline Mèvowanou est membre de la délégation béninoise. La vingtaine à peine, cette journaliste et activiste a déjà vu une première fois L’Orage africain, à Cotonou au Bénin. Elle pense que Amoussou a un propos nu, corrosif. C’est cru face à la cruauté du sujet lui-même. Elle profite d’une deuxième lecture du film en savourant le jeu d’acteur de Laurent Mendy dans son rôle de chef mercenaire. Dans le regard analytique de Chanceline, on perçoit deux Amoussou : le réalisateur qui tient son sujet par la gorge et le personnage principal, un air candide. Pour elle, ce film n’est pas un spectacle. Il s’agit d’un objet de réarmement moral à diffuser « dans des groupes constitués de quinze, vingt jeunes partout sur le continent africain ». Quant aux leaders politiques d’Afrique, il faut au besoin les attacher à un fauteuil au cours d’un sommet de l’union africaine afin qu’ils le voient », conclut-elle dans un éclat de rire. Fatima Boujou elle, est une comédienne marocaine. « Ce film dit tout haut ce que nous pensons tous tout bas », confie-t-elle. Monsieur Zinsou, jeune béninois résidant à Agadir ne tarit pas d’éloges à l’endroit du réalisateur. Spectateur fier ce soir de son pays d’origine, Il accorde des entretiens aux médias à qui il répète à tour de rôle : « l’avenir est dans le panafricanisme ».   


Avant même que le film soit projeté, Sylvestre Amoussou s’est vu décerner un prix spécial par le festival. Tous les membres de la délégation béninoise ont également reçu une version miniaturisée du même trophée des mains de Driss Moubarak,  président de l’Association « L’initiative culturelle ». Dans la nuit lumineuse d’Agadir, les béninois feront la fête jusqu’à tard dans un restaurant nommé Brésil.             

Arcade ASSOGBA

Crédit photos: Festival international cinéma et migrations d'Agadir

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